20 années à la Manufacture

En réalité I’aventure commence pour moi en 1979 par la location et la remise en état de la centrale hydro-électrique avec mon associé Bernard Chaudy.

Nous créons une société S.N.C. (Société en Nom Colleclif) « Centrale électrique de la Manufacture Eric Chavane-Bernard Chaudy ».


-1981 : je deviens co-gérant de la SARL La Manufacture avec mon frère Jean-Loup et notre cousin « Patrick Serot-Almeras Latour ».
-1983 suite au décès de mon ami Bernard Chaudy nous revendons la société de production d’électricité et je propose de racheter la totalité des parts de la SARL (3000 parts réparties entre 22 porteurs de parts).

 
Après avoir envoyé un courrier aux actionnaires : le 19 mars 1983 : Assemblée Générale extraordinaire à Paris chez mon oncle Robert Chavane-Falatieu. Discussion et finalement accord et signature de tous. Mes objectifs: dans un premier temps sauver le patrimoine bâti alors en très mauvais état, car à l’abondon et en état de friche industrielle, avec deux orientations: HABITATION et LOISIR. C’est le début d’une histoire PASSIONNELLE.

 
Il y avait vraiment urgence, début immédiat des travaux. Les grands travaux dureront sans arrêter pendant dix ans puis continueront, mais à un rythme moins soutenu. Nous assumons beaucoup de  choses par nous-même.

Le locatif

En septembre 1984: nous nous installons à la Manufacture dans la maison du directeur rénovée  (maison Bouchon) avec mon épouse Isabelle et notre premier fils Eloi âgé alors de sept mois. Le deuxième (Maxime) naîtra en 1988, il sera baptisé dans la chapelle et le repas sera le premier à l’auberge de la Manufacture (voir paragraphe bâtiment industriel)

Par la suite, grâce au curé de Bains-les-Bains, beaucoup de baptêmes et même un mariage seront célébrés dans cette chapelle.

 
Les Travaux


Réhabilitation des appartements et maisons (23 logements). Il faut tout refaire : les toitures (environ ½ hectare, soit 50.000 tuiles plus de la charpente), les façades, amener l’eau, l’électricité, faire fabriquer les huisseries : plusieurs centaines de fenêtres sur mesure.
Création d’une route dans la Manufacture et remis en état de la route d’accès, etc… Bref, tout est démesuré, il s’agit d’un véritable petit village.
Je modifie I’objet social de la SARL afin de trouver des financements car I ‘investissement est considérable.
La Société de la Manufacture peut dès lors acheter et vendre des œuvres d’art, des matériaux anciens, effectuer des opérations de marchands de biens etc…

Par la suite, je crée successivement plusieurs S.C.I. (Société Civile Immobilière) afin d’augmenter le parc locatif et soutenir la SARL en gagnant la confiance des banques.

Ces sociétés achèterons des immeubles et du patrimoine industriel. Par exemple : achat d’une partie de la forge de Thunimont en amont de la Manufacture.

Les Locaux industriels

Je tenais beaucoup à ne pas dénaturer le site, il fallait donc trouver des activités cohérentes et complémentaires pour chaque bâtiment.

  • La centrale hydro-électrique : nous l’avions remis en état y compris le canal, les vannages et le barrage. Le problème était donc réglé
  • Le bâtiment central, il a une grande qualité : pas de pilier, une charpente métallique avec une portée de 16 mètres, ce qui me permet de réaliser un rêve: aménager un manège + boxes etc. Bréf, je crée mon centre équestre: « Les Ecuries de la Forge« .

 

Après agrément par les haras, je loue toute l’installation à la famille BRANCHET avec pour clause d’ouvrir une auberge et structure d’accueil agréée par Jeunesse et Sports et l’Education Nationale.
Le choix de l’ancien local de stockage des clous est arrêté (magasins de l’usine près de la saboterie).
Les travaux commenceront immédiatement (cuisine professionnel, salle d’accueil et chambres dans les combles, plus un appartement). Mais l’administratif (les normes) est très lourd.

Christian et Martine BRANCHET participent activement aux investissements et assument parfaitement l’exploitation.
Après la centrale électrique et les écuries de la Forge, cela devient le troisième bail commercial mais aussi et surtout le troisième bâtiment industriel reconverti et donc sauvé.
La même année je crée un halfcourt (reconnu par la Fédération française) dans le grand bâtiment en face de notre maison.

L’ensemble commence à prendre forme, nous plantons des arbres, retraçons des allées, et je mets en place un enclos animalier dans les anciens jardins (entre les cités et la route au-dessus de la Manufacture) d’une surface d’environ 3 hectares.

Là encore les démarches administratives sont interminables, elles aboutiront 13 ans plus tard !!!!! Car il me faut obtenir, via le Préfet du Ministère de l’Environnement le « certificat de capacité pour la détention et la présentation au public d’animaux d’espèces non domestiques (daims et sangliers) » ce sont les termes exacts. Je l’obtiens en 2002, mais les animaux sont là depuis le début….

Dans la première partie du grand bâtiment le long de la rivière (le Coney), j’aménage une salle des fêtes pour les locataires et certaines manifestations; nous y accueillerons entre autres une exposition fort intéressante sur l’ancienne métallurgie lorraine mise en place par la Région, Conseil Général des Vosges et L’inventaire de Lorraine.

Chaque année, le soir de Noël, avec les locataires et tous les enfants, nous nous rendons à la chapelle en remontant l’allée face au château avec des bougies.
Après une prière et quelques chants dirigé par notre gardien Monsieur Jacques BARTELLEMY, nous redescendons tous à la salle des fêtes pour distribuer des friandises aux enfants et boire ensemble le verre de l’amitié.
Étonnant d’amener dans la chapelle tous ces gens dont la plupart ne rentrent pratiquement jamais dans une église !
Gérer ce domaine, c’est aussi gérer une population, celle-ci atteindra par moment 50 personnes. Pendant les vacances avec l’auberge, plus de 100 personnes cohabitent sur le site. L’ambiance et la vie avec en plus les promeneurs ( curistes et touristes), devient très agréable.

En 1991, le château et la Saboterie seront loués à un très important antiquaire parisien Monsieur Bernard STEINITZ. Dans le contrat j’obtiens qu’il s’engage à y effectuer des travaux dans le château:
– révision de la toiture avec remise à neuf de la zinguerie.
– à l’intérieur, rénovation de tous les plafonds, des parquets et planchers.
– réfection de toute l’électricité du rez-de-chaussée jusqu’au grenier, et enfin installation de l’eau et des évacuations à chaque niveau.
Tout cela sera réalisé y compris la révision des fenêtres dont certaines ne fermaient plus.
Les buts de Monsieur STEINITZ: Stockage de la saboterie; dépôt et vente dans le château resté dans « son jus ».

En 1995, avec Bernard STEINITZ et Maître Marc-Arthur Kohn commissaire-priseur à Paris, nous organisons une vente d’ampleur internationale. Pour ce faire, afin de recevoir les visiteurs et clients, le château est entièrement meublée avec lustre, tableaux et bibelots; c’est remarquable et très impressionnant.

Etant Maire de Bains-les-Bains (élu la même année), j’obtiens de la chaîne Thermal du Soleil que la vente ait lieu dans le grand parc de l’établissement thermal: location et mise en place de trois chapiteaux.

Mais le syndicat des Antiquaires des Vosges, à qui nous avions proposé de participer, essaye  par voie judiciaire de faire interdire la vente.
Trois jours avant l’ouverture des visites, Bernard STEINITZ, Marc-Arthur Kohn et moi-même, nous nous retrouvons la même journée : Le matin au Tribunal Administratif et l’après-midi au Tribunal d’Instance d’Épinal. Nous serons la seule affaire jugée ce jour-là.
Dans la salle: nous trois, nos avocats respectifs et derrière: la presse.
Heureusement, nous gagnerons devant ces deux cours.
La vente aura lieu et l’objectif sera atteint: Des milliers de visiteurs et d’acheteurs.

Cette fois, tous les bâtiments sont occupés, la seule partie qui reste entre l’auberge et le halfcourt sera l’atelier pour le matériel et l’outillage servant à entretenir l’ensemble.
Mais sauver ce domaine et lui redonner vie, serait resté quelque chose d’incomplet.

Pour pérenniser cette action et être sûr que personne ne puisse un jour remettre en cause cet ensemble exceptionnel,  il fallait le faire inscrire à l’ISMH (Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques).


J’ai entrepris les démarches en 1985, l’arrêté d’inscription a été rendu en 1988, pour tous les bâtiments (façades et toitures) + le canal de la Centrale … Un tel classement est exceptionnel, c’est une véritable réussite

Bien sûr tout n’est pas parfait et il reste beaucoup à faire.

En 2004, pour nous: fin de cette grande aventure, étrange mélange de joie et de tristesse, voir de souffrance. Pour diverses raisons, mais ce n’est pas le sujet du jour, avec Isabelle, nous avions décidé de nous retirer, mais l’histoire continue… Et je pense en mon âme et conscience avoir complètement respecté mes engagements moraux et avoir fait le maximum afin que l’image de notre famille reste à la hauteur de celles et de ceux qui nous ont précédés.

E.C